À contre‑courant des observations provinciales et nationales, la RMR de Québec n’échappe pas à la structure du cycle économique : elle traverse plutôt une période plus exigeante, portée par une économie particulièrement solide. – Carl Viel, PDG, Québec International
Faits saillants – Avril 2026

Sommes-nous dans une « bulle » géographique?
Dans la région de Québec, le très faible taux de chômage n’est plus seulement un indicateur de vigueur économique. En situation de plein emploi, chaque point de croissance supplémentaire de la demande se heurte à une limite claire, soit l’insuffisance de main-d’œuvre disponible. La demande excédant les capacités productives se traduit concrètement par un resserrement important du marché du travail, poussant les indicateurs au-delà de niveaux soutenables au long terme et renforçant l’importance des gains de productivité.
Dès lors, la question d’une éventuelle « bulle » géographique se pose. Malgré des métriques qui contrastent avec les observations québécoises et canadiennes, la région n’évolue pas en vase clos et demeure exposée aux conditions conjoncturelles. Néanmoins, la diversification accrue du marché du travail, combinée à d’importants projets d’investissement, contribue à soutenir la résilience de son tissu économique.
Analyse
Rareté de main-d’œuvre toujours présente malgré un rattrapage en cours
Selon l’Enquête sur la population active (EPA) de Statistique Canada, le marché du travail de la RMR de Québec enregistre un faible ralentissement en avril 2026, alors que le taux de chômage affiche une croissance de 0,7 p.d.p. pour atteindre 3,3 %. Or, sous le seuil du plein emploi pour un cinquième mois consécutif, ce niveau confirme toujours une rareté aiguë de la main-d’œuvre. Cette situation se reflète dans le taux d’emploi, se chiffrant à 68,0 %, soit de nouveau le plus élevé au pays, devant Calgary (67,2 %). À titre comparatif, Montréal affiche un taux d’emploi de 61,7 %, en 27e position à l’échelle canadienne.
Alors que le nombre d’emplois recule à 514 000 (-0,6 %) et que la population active atteint 531 500 personnes (+0,1 %), ce ralentissement de la création d’emplois ne suffit pas, à l’heure actuelle, à relâcher la pression. En effet, l’offre de travail continue de rattraper progressivement une demande excédentaire accumulée au cours des derniers mois, maintenant ainsi le marché du travail en situation persistante de rareté.
Comparatif du taux de chômage parmi les grandes RMR canadiennes et la province de Québec
Source : Statistique Canada - Tableau 14-10-0459-01 et Québec International
Malgré un marché du travail toujours tendu, les 15–24 ans encaissent une hausse de forte amplitude de leur taux de chômage (6,9 %). En progression de 2,2 points de pourcentage, il révèle une sensibilité accrue à la conjoncture économique, mais aussi les effets de la forte croissance de la population active pour cette tranche d’âge. - Rosalie Forgues
Visualisation des données
Évolution des principaux indicateurs de l'emploi sur un an
Sources : Statistique Canada - Tableau 14-10-0459-01 et Québec International
Rareté de main-d’œuvre persistante malgré la remontée du chômage
La mise à jour économique fédérale du 28 avril s’inscrit dans cette réalité. La mesure « Une Équipe Canada forte », en misant sur la formation de travailleurs spécialisés, vise explicitement à desserrer cette contrainte. Elle reconnaît implicitement que le principal frein à la croissance, dans plusieurs régions comme Québec, n’est plus conjoncturel, mais bien lié à la rareté du travail.
Rosalie Forgues
Économiste
Québec International